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JMA - Commémoraison de tous les fidèles défunts

 

 

Absoute dans un cimetière abandonné de Libreville, le jour des morts

 

 

 

 

 

Sermon du Chanoine Bergerot

pour la commémoraison de tous les fidèles défunts

2 novembre 2013


 

 


 

 

 

 

 

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

 


 

Si vous vous souvenez un peu de votre catéchisme, mes biens chers frères, vous savez sans doute que l’Eglise est composée de trois groupes.


 

Le premier est l’Eglise triomphante, que nous avons fêtée hier : ce sont tous les saints du ciel qui ont mené sur terre le bon combat et qui ont remporté la couronne de la victoire. Ils jouissent désormais de la vision de Dieu et de la béatitude réservée aux élus.


 

Le deuxième groupe est l’Eglise militante, composée de tous les fidèles de la terre. C’est nous. C’est l’Eglise qui est au cœur du combat, dans la mêlée, sur la ligne de front, au cœur du combat entre le bien et le mal.

 


Souvent cette ligne de front passe dans notre propre cœur : on ne fait pas le bien que l’on voudrait faire, et on fait le mal que l'on ne voudrait pas faire.

 


C’est le peuple de Dieu qui est en chemin, les chrétiens qui sont en pèlerinage, et qui avancent, tant bien que mal, jour après jour, pour rejoindre les élus au ciel, pour être fixés dans la pleine communion avec Dieu pour l’éternité.

 


Remarquons cependant que cette éternité commence pour chacun de nous dés ici-bas : « J’ai trouvé le ciel sur la terre, disait Bse Elisabeth de la Trinité, car le ciel c’est Dieu, et Dieu est dans mon âme. »

 


Le chrétien qui vit chrétiennement, qui vit des sacrements, qui vit de la prière, a déjà plus qu’un pied au ciel !


 

Il y a encore un troisième groupe, c’est celui qui nous intéresse aujourd’hui. C’est l’Eglise souffrante.

 


C’est le groupe de tous les fidèles défunts qui ont combattu eux aussi le bon combat, mais qui n’ont pas été trouvés purs et sans tâche au jour de leur mort.

 


Ne nous méprenons donc pas : ils ont été trouvés saints, c’est-à-dire ornés de la grâce sanctifiante, de la vie divine, de la charité et des vertus, sinon ils feraient partie du groupe des damnés et non plus de l’Eglise, mais ils devaient encore se purifier avant de rentrer en présence de Dieu.

 

 

 

 

Tombe du Frère Marcel, dans le cimetière de la Mission de Sindara


 


Vous le savez, mes bien chers frères, l’Eglise souffrante, c’est toutes les âmes du Purgatoire, qui souffrent, comme l’or passé au feu, car rien de souillé ne rentrera au ciel.

 


 

Aujourd’hui, c’est donc de ces âmes que la Sainte Eglise se préoccupe dans sa maternelle sollicitude.

 


Que pouvons-nous faire pour elles ?

 


N’est-il pas bon aujourd’hui d’aller au cimetière, pour aller prier sur les tombes de nos chers défunts ?

 


Oui, cela est même plus que conseillé. Je vous rappelle d’ailleurs que l’Eglise nous offre aujourd’hui la possibilité de gagner une indulgence plénière applicable à ces âmes.

 

 

 

 

Absoute au catafalque à la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes,

le jour de la Commémoraison de tous les fidèles défunts



 

Que pouvons-nous donc faire pour ces âmes ? Répondre à cette question, c’est s’en poser une autre : de quoi ces âmes ont-elles besoin ? Ont-elles besoin de nourriture, de boisson, de vêtements ?


 

Et là, mes bien chers frères, j’en appelle à votre sérieux, à votre sensus fidei, au sens de la foi. Je vous demande de réfléchir, à la lumière de la sainte doctrine, du catéchisme, sur la condition de nos morts.

 


Notre foi doit nous dicter notre conduite. Notre foi nous interdit de nous conduire de la même manière que les païens.

 

 

 

 

Encensement du catafalque



 

L’Eglise nous enseigne qu’à l’instant même de notre mort, notre âme sera séparée de notre corps. Aussitôt, elle sera jugée par Notre Seigneur Jésus-Christ, dans le jugement particulier, et nous connaitrons alors notre sort pour l’éternité : soit le Ciel, soit l’Enfer, soit le Purgatoire, d'une manière provisoire, avant de rentrer au Ciel.


 

Seul notre corps, l’enveloppe charnelle de notre âme, restera sur la terre. Il retournera à la poussière, en attendant la résurrection des corps à la fin du monde.


 

Notre âme, elle, quittera cette terre, et elle rejoindra un de ces trois lieux. Notre âme ne sera donc plus ni au tombeau, ni dans notre ancienne maison, ni en train d’errer sur la terre.

 

 

 

 

Cimetière de la Mission de Mayumba dominant la lagune, la Banio


 


L’âme immortelle, et donc vivante, n’aura donc plus rien de corporel. Autrement dit, elle n’aura plus besoin de rien qui soit matériel : ni nourriture, ni boisson, ni vêtements.

 


Par contre, elle aura besoin de tous les secours spirituels que nous pouvons lui offrir avec l’Eglise.

 

 

 

 

Absoute solennelle



 

Ne nous égarons donc pas, ne perdons pas de vue le sens de ce jour : ne faisons pas de nos cimetières des cafet’, des lieux qui ressemblent à des dépotoirs, où l'on entasse sur les tombes des vêtements, des assiettes pleines et des canettes, mais des lieux qui soient des havres de paix, des halots spirituels où la flamme de la charité brûle sans cesse pour secourir et consoler nos défunts.


 

Nos défunts n’ont pas besoin de pain ! Ou alors, donnez-leur le vrai pain, le pain du sacrifice eucharistique, en offrant pour eux aujourd’hui votre sainte communion.

 


Nos défunts n’ont pas besoin de boisson ! Ou alors offrez-leur le sang de Notre Seigneur pour qu’il les purifie davantage et étanche leur soif de voir Dieu.

 


Nos défunts n’ont pas besoin de vêtements ! Ou alors donnez-leur le vêtement de vos pénitences, de vos sacrifices et de vos prières, que vous leur offrirez pour le soulagement de leurs peines.


 

Mes bien chers frères, aujourd’hui, comme hier pour la Toussaint, le ciel s’entrouvre, et les défunts et les vivants s’unissent dans la charité de Dieu pour se communiquer leurs mérites et leurs prières.

 

 

 

 

Cimetière de la Mission de Sindara



 

Prions donc pour nos défunts. C’est un acte de charité, somme toute très simple, que nous pouvons faire, mais je dirais aussi que c’est un acte d’intelligence, si nous considérons la reconnaissance qu’aura envers nous une de ces âmes que nous aurons aidée.

 


Déjà sur la terre, lorsque nous faisons du bien à une personne, celle-ci nous en est reconnaissante... du moins si elle est quelque peu bien élevée ! Alors combien plus le sera une âme qui rentrera dans le Royaume grâce à nos prières et nos sacrifices volontaires.


 

Pour terminer et pour vous encourager à cette dévotion envers les âmes du Purgatoire, je vais vous raconter une petite histoire…

 


On raconte qu’un jour, une dame qui travaillait comme bonne chez des gens aisés, venait de perdre son emploi. Elle n’avait pas grand-chose pour vivre, les temps étaient durs.

 


Durant sa vie, malgré le peu qu’elle avait, elle faisait tous les mois dire une messe pour secourir les âmes du Purgatoire.

 


Or voilà que la fin du mois approchait, et elle se rendit compte qu’elle n’avait pas encore rempli cet acte de charité. Seulement voilà : elle n’avait plus beaucoup de sous, et elle devait faire un choix. Faire dire la messe ou remettre cela à plus tard, en se disant que le Bon Dieu comprendrait bien son problème ?

 


Mais la bonne dame n’était pas de ces âmes tièdes qui ne tiennent leurs engagements que quand tout va bien. Ni une ni deux, elle partit voir le curé pour inscrire sa messe.

 


En sortant de l’église, le cœur en paix, voilà qu’un jeune homme l’accoste. « Bonjour Madame, on m’a dit que vous cherchiez un emploi. Il parait que la dame qui habite au coin de la rue cherche une employée de maison. Allez-y ! » Et le jeune partit aussitôt.

 


Un peu surprise, notre bonne dame se dit qu’elle ne perdait rien à suivre ce conseil : « On verra bien. »

 


La voilà qui frappe à la porte. Toc, toc, toc. "Oui, entrez !" répond en ouvrant une grand-mère, dont la gentillesse se lisait sur son visage.

 


« Bonjour Madame, on m’a dit que vous cherchiez une employée de maison. Je viens me proposer à vous pour remplir cette tâche. »

 


La grand-mère est bien surprise : en effet, depuis la veille, elle cherche quelqu’un puisque son ancienne bonne a posé sa démission, mais elle n’a encore parlé de cela à personne.

 


Elle fait part de sa surprise à notre bonne chrétienne et lui demande qui l’a orienté chez elle, en la faisant rentrer dans son salon.

 


« C’est un jeune homme inconnu qui m’a dit cela dans la rue. Oh tiens, mais c’est lui, c’est ce jeune homme dont vous avez le portrait à côté votre cheminée ! »

 


Très troublée, la grand-mère lui expliqua que ce garçon était son fils unique, qu’elle avait perdu il y a une vingtaine d’années.

 


Notre bonne dame raconta alors tout ce qui lui était arrivé : le chômage, la fin du mois difficile, le choix entre l’assurance de la nourriture ou la messe pour les âmes du Purgatoire, son passage à l’église et enfin la rencontre avec ce jeune inconnu. »

 


« Oh, mon enfant, répondit la grand-mère, considérez que vous êtes dès aujourd’hui mon employée et encore plus que cela : ma fille ! C’est certainement mon propre fils, qui par une permission spéciale de Dieu, est venu vous remercier de tout le bien que vous lui avez fait par vos prières et vos sacrifices. Que Dieu vous bénisse ! »


 

Ainsi soit-il.

 

 

 

 

Tombes de missionnaires dans le cimetière de la mission de Mayumba,

où ils reposent en paix en attendant la résurrection des corps